Polluants de l'air intérieur : ce qu'on respire chez soi

Un logement fermé concentre tout ce qu’on y émet. Cuisson, produits d’entretien, mobilier récent, appareils à combustion, poussières, vapeur d’eau : les polluants de l’air intérieur d’une maison proviennent d’activités banales, répétées chaque jour dans un volume réduit et souvent mal renouvelé. L’air d’un séjour de 40 m² représente près de cent vingt kilos de gaz, et tout ce qui s’y disperse y demeure tant qu’un débit d’air neuf ne vient pas le chasser vers l’extérieur. Savoir quelles familles de composés circulent chez soi, à quelle vitesse elles se renouvellent et quel équipement agit sur laquelle : c’est la condition pour arbitrer entre une bouche d’extraction encrassée, une fenêtre ouverte dix minutes et un appareil de filtration à 400 euros.
Ce que contient réellement l’air d’un logement
On parle rarement d’un polluant unique, mais d’un mélange dont la composition change d’une heure à l’autre. Cinq familles structurent l’essentiel du sujet, et chacune répond à un levier technique différent.
Les particules fines forment la première. On les classe par diamètre : PM10 pour les plus grosses, PM2,5 pour celles qui restent en suspension longtemps, PM1 pour les plus légères. Elles proviennent de la cuisson, des bougies, du chauffage au bois, du trafic routier extérieur qui s’infiltre par les défauts d’étanchéité. Leur particularité tient à leur inertie : une fois émises, elles flottent des minutes voire des heures avant de se déposer, ce qui laisse le temps à un système de filtration de les capter.
Deuxième famille, les composés organiques volatils. Sous ce sigle de COV se rangent des centaines de molécules gazeuses émises par les peintures, les colles, les panneaux de particules, les parfums d’ambiance, les vernis et une bonne part des produits ménagers. Le formaldéhyde, émis par certains bois reconstitués et certaines résines, reste le plus documenté. Ces composés se comportent en gaz, donc un média fibreux ne les retient pas : seule une masse adsorbante les fixe.
Vient ensuite le dioxyde de carbone. Il n’agit pas comme les précédents mais sert de traceur d’occupation : un humain en expire en continu, et sa concentration monte dès qu’une pièce est occupée sans renouvellement suffisant.
Le monoxyde de carbone relève d’une autre logique. Il naît d’une combustion incomplète : chaudière mal réglée, poêle mal raccordé, appareil d’appoint utilisé dans un local clos. Il ne se traite ni par filtration ni par tolérance : il se prévient par l’entretien des appareils, un conduit conforme et un détecteur dédié.
Enfin, l’eau. La vapeur produite par la respiration, la cuisson, la douche et le séchage du linge n’est pas un polluant en soi, mais elle conditionne la prolifération des moisissures et des acariens. Une humidité relative durablement haute transforme un mur froid en support biologique.
| Famille | Sources dominantes dans le logement | Levier le plus efficace |
|---|---|---|
| Particules PM10 / PM2,5 / PM1 | Cuisson, bougies, chauffage bois, air extérieur | Extraction à la source, filtration mécanique |
| COV et formaldéhyde | Mobilier neuf, peintures, colles, produits ménagers | Choix des matériaux, aération, charbon actif |
| Dioxyde de carbone | Occupation humaine | Renouvellement d’air |
| Monoxyde de carbone | Combustion défaillante | Entretien, conduit conforme, détecteur |
| Vapeur d’eau | Douche, cuisson, séchage du linge, respiration | Extraction en pièce humide, déshumidification |
Les polluants de l’air intérieur d’une maison viennent surtout du quotidien

La cuisson arrive en tête des épisodes mesurables. Une poêle chaude, une friture, un four en autonettoyage : la concentration en particules d’une cuisine peut être multipliée par dix pendant vingt minutes, puis redescendre lentement si aucune extraction ne fonctionne. Une hotte réellement raccordée à l’extérieur change tout ; une hotte à recyclage, avec son filtre à charbon rarement remplacé, se contente de brasser.
Le mobilier neuf constitue une source plus discrète mais plus longue. Les panneaux de particules, les mousses, les textiles traités et les colles dégazent pendant des semaines, avec un pic les premiers jours puis une décroissance progressive. Une chambre entièrement rééquipée en une fois cumule ces émissions dans un volume qu’on ferme la nuit.
Les produits d’entretien et les diffuseurs parfumés constituent un poste sous-estimé. Un nettoyant en aérosol, une bougie parfumée, un désodorisant électrique : chacun libère des composés gazeux et parfois des particules ultrafines. La notion de senteur agréable n’a aucun rapport avec la charge chimique réelle d’une pièce.
Le bricolage forme la catégorie la plus intense mais la plus courte : ponçage, découpe, peinture au solvant, colle néoprène. Sur ces chantiers domestiques, la ventilation traversante pendant et après l’opération pèse davantage que n’importe quel appareil.
Reste l’air extérieur. Une rue passante, un chantier voisin, un épisode de particules régional : ce qui entre par les défauts d’étanchéité ou par une fenêtre grande ouverte au mauvais moment fait partie du bilan. Un logement en bord de voie rapide gagne à décaler ses horaires d’aération et à soigner l’étanchéité de ses menuiseries.
Le CO2, un traceur de renouvellement plus qu’un polluant
L’air extérieur tourne autour de 420 ppm de dioxyde de carbone. Dans une chambre fermée occupée par deux personnes, la valeur grimpe régulièrement au fil de la nuit et dépasse fréquemment le millier de parties par million au petit matin. Le seuil de vigilance généralement retenu se situe vers 1 000 ppm : au-delà, ce n’est pas le gaz lui-même qui pose problème dans un logement ordinaire, c’est ce qu’il signale, à savoir un renouvellement d’air insuffisant pour évacuer tout le reste.
Cette lecture indirecte explique le succès des capteurs de CO2 à cellule infrarouge. Ils ne mesurent ni les particules ni les COV, mais ils fournissent un indicateur fiable de l’efficacité de la ventilation, pièce par pièce, heure par heure. Une valeur qui redescend vite après ouverture confirme un balayage correct ; une valeur qui stagne signale une entrée d’air obstruée ou une extraction hors service. Pour choisir un appareil et interpréter ses courbes, la page consacrée à mesurer la qualité de l’air intérieur détaille les technologies disponibles.
Ventiler, filtrer, supprimer : trois leviers distincts

La confusion la plus fréquente consiste à attendre d’un purificateur ce que seule la ventilation apporte. Un appareil de filtration recycle l’air d’une pièce et retient ce que ses médias savent retenir : particules pour le filtre fibreux, gaz pour le charbon actif. Il n’apporte aucun air neuf, ne fait pas baisser le taux de CO2 et n’évacue pas la vapeur d’eau.
La ventilation fait l’inverse. Elle remplace l’air vicié par de l’air extérieur selon un principe de balayage : entrées d’air neuf dans les pièces de vie, extraction dans les pièces humides, transit par les détalonnages de portes. Ce schéma structure la réglementation française de l’aération des logements depuis l’arrêté de 1982, qui impose une ventilation générale et permanente et fixe des débits d’extraction par pièce de service. Le comparatif entre les différences de VMC simple et double flux précise ce que chaque famille de système coûte et apporte.
Le troisième levier est le plus rentable et le moins vendu : supprimer la source. Cuisiner sous une hotte raccordée, choisir des panneaux à faible émission, remplacer un aérosol par un produit simple, sécher le linge dehors ou dans une pièce extraite, ne pas utiliser d’appareil de chauffage d’appoint à combustion en continu. Aucun équipement ne rattrape une source qu’on aurait pu ne pas créer.
| Levier | Agit sur | Ne fait pas | Ordre de budget |
|---|---|---|---|
| Suppression de la source | Émissions à l’origine | Rien sur l’existant déjà émis | 0 à 200 € |
| Ventilation mécanique | CO2, humidité, gaz, particules | Filtration fine de l’air recyclé | 900 à 8 000 € posés |
| Aération manuelle | CO2, humidité, gaz | Régularité, confort thermique | 0 € |
| Purificateur mobile | Particules, certains gaz | CO2, vapeur d’eau | 150 à 800 € |
Par où commencer dans un logement occupé
Un ordre de marche simple évite les dépenses inutiles. Vérifier d’abord la ventilation existante : bouches dépoussiérées, entrées d’air des menuiseries dégagées, groupe qui tourne, portes détalonnées. Une feuille de papier plaquée sur une bouche d’extraction donne une indication immédiate. Beaucoup de logements équipés d’une VMC fonctionnelle la neutralisent involontairement en obstruant les grilles de fenêtre.
Traiter ensuite l’humidité, parce qu’elle conditionne la dégradation du bâti et la prolifération biologique. Les repères de confort se situent autour de 40 à 60 % d’humidité relative, valeurs détaillées dans l’article sur le taux d’humidité idéal dans un logement.
Mesurer avant d’acheter, enfin. Un hygromètre à moins de 30 euros et un capteur de CO2 correct suffisent à objectiver la situation pendant deux semaines. Si les pics restent liés à la cuisson, la réponse est une hotte. S’ils sont liés à l’occupation nocturne, la réponse est une entrée d’air. Si les particules extérieures ou un chantier voisin dominent, un appareil de traitement mobile prend son sens, et le principe de son fonctionnement est décrit dans l’article sur le purificateur d’air HEPA et charbon. L’ordre compte plus que le montant engagé : un logement ventilé correctement, avec des sources maîtrisées, se passe souvent d’équipement complémentaire.